Introduction
Quand on est membre de la team rédac d’overclocking.com, on essaye toujours de garder notre impartialité. Pour cet article, cela risque d’être dur, car je suis en mission depuis quelques mois chez Cooler Master où je suis en charge du développement de la partie simulation : le Dyn X. Du coup, je pensais qu’il serait intéressant pour une fois de montrer l’envers du décors, les challenges etc.
Étant passionné et collectionneur d’automobiles et ayant toujours travaillé dans le jeu vidéo / hardware, j’ai toujours eu un volant et des pédales proches de mon PC. En 2014, je construisais mon premier vrai simulateur pour jouer à iRacing. À l’époque je travaillais pour Millenium avec Djey, et comme nous n’étions pas super satisfaits de ce qu’il se faisait sur le marché, nous avions en tête de développer un cockpit. Avec le rachat de Millenium par Webedia en 2015, les projets ont vite changé et nous n’avions pas de temps pour développer un simu. Donc il y a quelques mois, des amis chez Cooler Master me disent qu’ils cherchent quelqu’un avec mon profil pour développer la partie IMX (immersion) je saute sur l’opportunité.
Histoire de Cooler Master
Cooler Master a depuis plus d’un an un châssis de simulateur qui se nomme DynX. Mais pourquoi Cooler Master s’est aventuré dans un secteur qui est loin de son domaine de prédilection , le « cooling » ? On pourrait penser que c’est parce que ce marché est en pleine croissance depuis le Covid et qu’avec le marché du composant stagnant, il faut diversifier. Si on écoute le marketing, on apprendra que la marque Taïwanaise aime les projets atypiques, l’immersion (IMX) est leur mot préféré en ce moment. Les deux affirmations précédentes ont sûrement du vrai, mais la vraie raison est que Cooler Master est une machine à R&D.
On connait tous la marque pour ses boîtiers, cooling et alimentation, mais saviez-vous que cette partie de Cooler Master est en réalité toute petite par rapport à sa partie industrielle ? La marque est en réalité derrière les refroidissements de plein d’autres marques que je ne peux pas nommer… mais disons que smartphone, consoles, cartes graphique, servers, voitures électrique, antenne 5G… Toutes les plus grosses marques font appel à CM pour le refroidissement. Donc la partie boitier, cooling et alimentation n’est en fait que la partie « fun » de la boîte. La partie immersion, c’est donc la partie des projets « super fun ».
[nextpage title= »Le Dyn X »]
Le projet simulation
Revenons au Dyn X. Ce produit est le bébé d’un ingénieur américain, qui se trouve être bien connecté avec certaines personnes du milieu automobile. On voit directement au prix du Dyn X qu’il n’a pas été conçu pour le grand public, mais est bien plus ambitieux que ça. Chez les consommateurs, on retrouve des marques qui visent l’entrée de gamme : Playseat. Ou le milieu de gamme, avec des châssis en profilé aluminium. On a aussi une offre Pro et une offre « luxe ». Mais il reste objectivement un trou au-dessus du milieu de gamme. C’est là où Cooler Master a décidé de s’installer avec le Dyn X.
Quels sont les arguments de vente de Cooler Master ?
- Un châssis tubulaire soudé et donc extrêmement rigide. Soit 3 fois moins de flex que sur un châssis en aluminium. Et donc un meilleur ressenti quand on installe des actuateurs pour rendre le châssis « dynamique ». L’inconvénient ? À l’instar des châssis alu livrés en 3 petits colis, on se retrouve avec deux énormes cartons sur une palette. Ce qui explique en partie son coût.
- Les 14 changements de position en 4 vis. Poids lourd, Rally, GT, Nascar, GT3, LMP, Formule 1 … L’avantage ici c’est le changement de position en 1 minute et sans avoir besoin de changer la position des pédales… toute la structure bascule. Personnellement je passe entre Rally, GT3 et LMP. L’astuce que Cooler Master a trouvé pour rendre la position confortable sans avoir à aussi changer le siège est un simple coussin qui vient se positionner avec un velcro… Tout bête et si efficace.
Accessoires et compatibilité ?
Les châssis en profilé aluminium sont complètement customisables est c’est un vrai challenge pour un châssis tubulaire de s’en rapprocher. Pour ça il faut chercher à être compatible avec le plus de solutions commerciales possible. Pour Cooler Master, les tubes de 2 pouces / 50mm sont monnaie courante en sport auto mais aussi dans le cinéma et l’événementiel. Ce qui veut dire qu’un grand nombre d’accessoires sont déjà disponibles.
À chaque angle du Dyn X, on retrouve des supports pour les pieds réglables. Si vous souhaitez mettre le châssis sur roulette, rien de plus simple le pas de vis est le même qu’un grand nombre de roues disponible dans le commerce. Envie d’installer un système audio 5.1 ? Des trous sont prévus pour accueillir des bras articulés de type SmallRig Magic Arm… Plein de petites solutions qui facilitent la vie.
Maintenant il manque quand même un écosystème complet d’accessoires, qui se construit lentement. Trop lentement à mon goût. Mais on compte bien y remédier vite, je ne peux juste pas encore en parler.
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Nouveau marché
Bien que le Dyn X soit en vente depuis un peu plus d’un an, Cooler Master n’a pas tout de suite su comment le commercialiser. C’est bien d’avoir un super produit, mais il faut aussi s’adapter à ce marché, connaître sa cible et développer tout ça. Et vu que l’après Covid a été compliqué pour tout le hardware, les commerciaux ont cherché à sauver les meubles plutôt que de pousser un nouveau produit. Difficile de vendre des simulateurs chez LDLC par exemple. Pas impossible qu’ils s’y mettent plus tard, mais aujourd’hui ça n’est pas là où se vend ce type de produit et encore moins le haut de gamme.
On arrive donc avec une nouvelle stratégie. Cibler une nouvelle clientèle qui n’a pas envie ou les connaissances pour monter son simulateur.
Même concept que pour les PC, chez OCC on aime beaucoup monter nos propres machines, mais la majorité des ventes se font sur des PC déjà intégrés.
Je vous laisse imaginer que ça complique beaucoup de choses. Vu le nombre de composants, la taille et le poids. Mais pour cette fois, on passera ces détails.
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Le choix des composants
Aujourd’hui on propose 3 configurations, je vous présente donc la plus grosse, qui coûte tout de même €30,000.00. Oui, ça fait mal au portefeuille pour un particulier. Mais pour un pilote par exemple c’est l’équivalent d’un week-end de test en GT3. C’est 8 trains de pneus… Tous nos clients ne sont pas pilotes, mais vous comprendrez le profil des acheteurs.
- Châssis : Cooler Master Dyn X
- Siége : Dyn X Racing Seat
- Base volant : Simucube 2 Pro co brandé Cooler Master
- Volant : GSI FPE V2
- Pédal : Heusinkveld Ultimate
- Pédal option : Simucube ActivePedal Ultimate
- Clavier / Souris : Rii Mini Keyboard X8
- Haptique / Vérins : Sigma Integrale DK2+ co brandé Cooler Master
- Écrans : 3x Cooler Master GM34-CWQ2
- Son : Logitech Z906 5.1 Surround System
Pour certains composants, il n’y a pas photo, les choix sont faciles. Certaines des marques sont leaders dans la technologie et / ou la durabilité, c’est par exemple le cas de Simucube et Heusinkveld. On reviendra dans un futur article sur Simucube et comment ils ont changé le monde de la simulation depuis quelques années avec le direct drive grand public et maintenant les pédales actives.
Pour les autres, il y a de la concurrence, comme par exemple pour les volants. Cube Control aurait été un autre bon choix, plus facile à configurer et un connecteur aimanté de type magsafe. Pour moi, c’est ce que j’aurai choisi pour un environnement de type sim center ou événementiel. Mais la roue GSI est quand même au dessus au niveau des finitions, de l’assemblage et de la qualité au global. Accessoirement, les clients nous demandent d’adapter le volant ou une réplique de leur voiture, c’est par exemple le cas qu’on a eu avec Czinger.
Autre choix important, le système motion / haptique. Cette année à l’ADAC SimRacing Expo il y avait pléthore de systèmes, pour tous les niveaux de prix. Alors pourquoi Cooler Master a choisi une marque américaine peu connue ? Je pense qu’il faudrait un article complet à ce sujet pour expliquer toutes les qualités des vérins DG de Sigma Intégrale, mais pour faire simple : ultra rapide, robuste, sur-construit et respectant l’intégrité des données de télémétrie du jeu. Pour moi ce système est nettement au dessus du lot, et je ne suis plus le seul à le penser. Pour l’anecdote, Sigma convertit de vraies voitures en simulateur pour les grandes marques, musées et autres. On y reviendra dans un test spécifique.
Pour les écrans, on a longtemps eu une mode sur le triple écran au format 16/9, c’est maintenant au tour des 21/9 d’être à la mode, et justement Cooler Master a un 34″ 180Hz qui est parfait dans ce rôle. Toutefois, s’il faut encore plus d’immersion, on passe sur les LG Ultragear 45″ et si le client a la place et le portefeuille, des Samsung Odyssey ARK 55″… Je vous laisse imaginer le coût de cette option.
Côté son, j’ai choisi le 5.1 Z906 de Logitech. Un modèle qui domine cette niche depuis beaucoup trop de temps si vous voulez mon avis. À quand une update Logitech ?
Avec tous ses périphériques, facile d’avoir des problèmes d’interférence USB. C’est pourquoi Sigma Intégrale et maintenant Simucube pour leurs pédales actives, utilisent une connexion RJ45. On reviendra sur ce point ( à encore dans un futur article).
Le volant GSI FPE V2 est superbe, mais attention les ports USB n’ont jamais été conçus pour délivrer autant de courant. On est donc obligé d’utiliser un hub alimenté.
Au-delà du choix des composants, comme dans un PC, on doit aussi penser au cable management. Ici on essaie de tout ranger proprement et ensuite on utilise un protège câble pour rendre ça encore plus sexy et facile à mettre/enlever si on doit intervenir.
[nextpage title= »PC et Paramétrage « ]
On est sur OCC, donc on va devoir parler PC
La simulation est un des cas « extrême » pour les PCs, car idéalement on utilise une configuration 3 écrans. Et donc, il est facile de mettre à genoux les petites configs.
Ici, on vise les 120fps en triple 1440p en jeu. Du coup, on opte pour une 4080S, une 7800X3D, 32GB à 6000 Mhz. On passera surement sur le Ryzen 7 9800X3D quand il sera dispo et testé sur les jeux de simu.
Il est fréquent d’avoir le PC par terre, mais pour contrebalancer le poids des écrans, pour la poussière, et pour minimiser les câbles électriques au sol, un plateau en acier est fixé derrière les écrans. Alors là il n’est pas peint, faute de temps, mais cela n’est pas le cas pour nos clients qui eux reçoivent un beau powder coating noir mat.
Paramétrage et logiciels
Maintenant que tout est branché, il faut installer les jeux, les drivers et logiciels de chaque périphérique. Tout calibrer, puis on finit par paramétrer chaque jeu, et les périphériques dans les jeux. Toujours dans l’optique que le client puisse profiter du simulateur dès sa livraison. Un « plug n play ».
Mais ça, n’importe quelle société pourrait le faire. Pour moi, il fallait donc aller un peu plus loin. En sponsorisant des voitures de course, Porsche Cup en Asie et GT3 en Europe, Indycar et Nitrocross aux États-Unis, on se rapproche des pilotes et on utilise maintenant leurs retours pour copier les vrais ressentis.
C’est le cas pour le retour de force du volant, la force à appliquer sur les pédales et bien sûr le système haptique. On pourrait croire que tout ça est simple, mais c’est en réalité une trop grosse partie du travail avec une centaine de paramètres en tout à configurer pour un type de voiture… On est donc qu’au début, et notre but à terme et de mettre à jour notre base de données pour que tous nos clients puissent passer d’une configuration à une autre en quelques clics.
Transport
Impossible de livrer le simulateur en 1 bloc, le but est de tout prémonter et paramétrer pour le client. Les écrans ainsi que le PC sont donc remis dans leurs emballages pour le transport, et le simulateur est séparé du support d’écran. Il faudra refaire 3 connexions (2 courants, 1 USB-C) pour reconnecter le châssis du support. Pour les écrans, pas de vis, ils sont simplement posés avec le système Vario-VESA, et reconnectés au courant et Display port.
Enfin, même histoire pour le PC. Une fois mis sur le support d’écran, il faut reconnecter chaque câble. Notez qu’ils restent en place et sont tous labellisés. Impossible de se tromper.
[nextpage title= »Conclusion »]
Conclusion
Tout ça n’est pas révolutionnaire. Mais d’amener un fabricant de hardware à faire une ligne d’assemblage de simulateur clef en main est un vrai challenge. J’espère que l’article ne fait pas trop publicitaire. Le but n’étant pas de trouver des clients parmi vous, mais de montrer le cheminement d’un projet hardware atypique et fun. Malheureusement, je ne peux pas aborder tous les développements en cours mais si ce type d’article vous intéresse, je n’hésiterai pas à partager les avancées et ouvrir un peu plus les portes sur les challenges.

