La bombe lâchée par l’administration américaine continue de perturber l’économie mondiale. Nous vous épargnerons ici les analyses et éléments de langages qui tournent suffisamment en boucle sur l’ensemble des médias. Nous allons nous concentrer sur l’industrie de la tech et des semi-conducteurs et essayer de comprendre ce qui pourrait se passer dans les prochains mois avec les droits de douane. Si les USA imposent des taxes aux fabricants asiatiques, cela ne veut pas pour autant dire que les choses vont se répercuter en Europe…Et que les américains vont devoir tout payer plus cher. Ceci est un article d’opinion basé sur une analyse personnelle.

Avant de parler des semi-conducteurs, penchons nous sur les produits tech en général. Pour résumer la politique américaine actuelle, il faut juste reprendre la déclaration récente du secrétaire au Commerce Howard Lutnick : Pourquoi les entreprises américaines comme Apple doivent-elles faire fabriquer leurs iPhones en Asie alors que la plupart des tâches sont effectuées par des robots ?
Sur ce sujet, revenons quelques années en arrière, Apple était alors bloqué au Brésil par le président Lula. Une situation débloquée avec l’ouverture de capacités de productions sur le sol brésilien. Faire revenir localement des capacités de production de cet ordre, alors que la majorité des usines, y compris en Chine, est robotisée, n’a en réalité rien de délirant. Avec 20 ans de recul, quelqu’un qui visite une unité de production chinoise se rend bien compte que le coût n’est plus l’argument numéro 1. L’occident en général a tout simplement abandonné sa volonté de “fabriquer”. La robotisation pour fabriquer une carte mère (c’est un exemple) à Shenzhen, Bucarest ou encore en France engendreraient de faibles différences de coûts sans doute annulées par les frais de transport. Il faudra certes opérer un rattrapage sur les infrastructures mais tout ça est faisable.
Là où les choses se compliquent c’est quand on regarde le marché des semi-conducteurs. Les géants AMD, APPLE, INTEL ou Nvidia, tous américains, dépendent d’une production asiatique. Evidemment, la situation d’Intel est différente même si ces dernières années, le recours massif à TSMC a changé la donne. Ces productions demandent un personnel hautement qualifié et des infrastructures qui ne se construisent pas en quelques semaines.
Trump est-il fou où nous européens avons 2 ou 3 trains de retard ?
Là encore, il faut reprendre les déclarations et notamment celles du président américain au mois de janvier de cette année. Dans un discours général sur la tech, il annonçait vouloir taxer lourdement les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques en provenance de Taïwan. Beaucoup se sont arrêtés là dans leur analyse en tirant simplement la conclusion que les coûts pour les américains allaient exploser. Mais quand on prend quelques minutes, on constate que Trump s’est en fait livré à une critique du programme entourant le US Chips Act. Car n’oublions pas que l’administration Biden comme l’administration Trump ont partagé la même ambition de relocaliser un maximum l’industrie des semi-conducteurs. Cependant le nouveau président considère lui que financer l’implantation de fabs à coups de milliards est un cadeau que ne méritent pas les TSMC, Samsung et consorts. “Ces entreprises n’ont pas besoin d’argent, elles ont des montagnes de cash”. De plus, au regard des tensions géopolitiques et de l’importance du marché américain, venir s’installer sur place et dans leur intérêt. Trump pratique donc une autre incitation : venez car vous voulez vendre chez nous sinon vous serez lourdement taxés. Le mécanisme est tout à fait différent de celui poussé par l’administration Biden même si le but final reste le même : relocaliser la production aux USA. La grande différence c’est que cette méthode ne coute rien aux finances américaines.
Evidemment, contrairement à l’Europe, les USA ont un avantage énorme : la capacité de mettre la pression sur ses champions pour qu’ils passent un maximum de commandes à des partenaires disposant de capacités locales. Les déclarations du patron de Nvidia mais aussi les efforts autour d’Intel sont à lire sous cet angle. Mais il faut bien regarder les choses en face : le concept fumeux qui voulait cantonner la Chine en “usine du monde” est terminé. Et dans cette histoire, à titre personnel, je ne pense pas qu’au bout du compte, les américains soient perdants.
NB : comme vous certainement, je n’ai pu m’empêcher de sourire quand j’ai entendu l’analyse de certains médias expliquant que le report des pré-commande de la Switch 2 était une mesure de représailles…
Et l’Europe dans tout ça ? Il est probable que tous les faiseurs asiatiques se mettent à reconsidérer l’Europe comme un marché prioritaire. Avec les difficultés qui arrivent pour rentrer rapidement sur le marché US, l’Europe pourrait bénéficier d’un effet balancier favorable. Une bonne manière de faire baisser la température et de ne pas trop se poser de questions. Après tout, un, deux ou trois trains de retard, quelle différence ?