Nous reprenons notre série de rencontres avec des personnalités qui ont marqué le monde du hardware et de la technologie. Nous sommes heureux de retrouver l’énigmatique Tero Kontkanen, dont le parcours est si atypique qu’il interpellera sans aucun doute de nombreux membres de la communauté Overclocking.com. Tero est le visionnaire, cofondateur, directeur technique et membre du conseil d’administration de Simucube . D’origine finlandaise, il gère son entreprise et ses projets depuis la Finlande. L’entreprise qu’il a fondée s’appelle Granite Devices et est à l’origine de la célèbre marque de produits SimuCube. Fondée en 2007, le premier produit SimuCube est sorti 10 ans plus tard, en 2017. Mais vous comprendrez qu’entre-temps, Tero a multiplié les projets, les produits, les créations… Et la simulation l’a trouvé, et non l’inverse. Aujourd’hui, l’entreprise compte 60 employés et est basée à Tampere, ancien bastion de Nokia.
Un bref aperçu :
Certaines choses sont difficiles à expliquer ou à voir en entretien. C’est pourquoi cette présentation nous semble nécessaire. Nous avons rencontré Tero cet été en Finlande et, dès le départ, nous avons compris qu’il était loin d’être le fondateur d’entreprise typique. La première question que Tero nous a posée fut : « Quelle est votre histoire ? » Cette question paraît simple, mais elle en a aussi révélé beaucoup sur la personne qui l’a posée et son intérêt pour les gens. Elle a également révélé une grande partie de notre parcours personnel et la façon dont on se présente ou on se perçoit. Cela a également permis d’engager une conversation intéressante dès le départ.
Le premier constat c’est que Simucube est l’une des rares entreprises à privilégier l’humain et non le profit, ce qui contraste fortement avec notre marché actuel. C’est la vision de Tero. Son style de vie montre que, même s’il possède l’une des entreprises les plus prospères du secteur de la simulation, on ne pourrait jamais le deviner… On a l’impression qu’il est resté le même, se concentrant sur le développement de produits et confiant la direction de l’entreprise aux bonnes personnes.
Finalement, vous ne le verrez pas en lisant l’interview, mais ses inventions avec la base en transmission directe (Direct Drive wheelbase) et maintenant la pédale active ont complètement révolutionné l’industrie. Deux produits que tout le monde essaie désormais de copier.
Mais laissons lui la parole car le mieux est qu’il nous explique qui il est et comment il a traversé les années dans le monde du hardware.
NotDjey : Tero, peux tu nous dire quelques mots sur ton parcours ?
Tero : Bien sûr, même s’il est difficile de faire tenir un sujet aussi vaste en quelques phrases. Je pourrais dire que je suis né avec une curiosité pour la science et la technologie. Comprendre comment fonctionnent les produits comme les ordinateurs, les voitures, les avions et les fusées, m’a toujours fasciné. J’ai toujours voulu participer à la création de ces objets et les rendre encore meilleurs. Ma volonté de les bricoler a alimenté mon intérêt pour la technologie et les sciences. Au fur et à mesure que j’apprenais à construire et à bidouiller, j’ai réalisé divers projets personnels.
Voici quelques étapes importantes de ma carrière de bricoleur qui m’ont conduit à une carrière professionnelle :
- Lorsque j’étais enfant, vers l’âge de 10 ans, je m’amusais en bricolant. Je fabriquais de nombreux objets en bois et en métal. Dans l’atelier de nos parents, nous avions une bonne sélection d’outils, y compris des outils pour travailler du métal, pour souder, un tour etc.
- Quelques années plus tard, je me suis intéressé à l’informatique. J’ai rapidement compris comment les PC étaient fabriqués et j’ai ensuite assemblé mes propres ordinateurs. Vers l’âge de 15 ans, j’ai voulu créer des logiciels et des jeux. J’ai donc appris à programmer. D’abord MS DOS, puis Windows et Linux.
Voici quelques exemples de mon projet de jeu (avorté) : Executor est un jeu de stratégie/action en temps réel de type St*rCraft en environnement 3D.
- Puis rapidement, en tant que passionné de PC, j’ai voulu tirer le maximum de mon grille-pain . L’overclocking était la réponse naturelle. J’ai d’abord bricolé des refroidissements à air et à eau. Mais comme mon père était un professionnel de la réparation de réfrigérateurs, nous avons uni nos talents pour adapter des refroidisseurs de réfrigérateurs pour l’overclocking de CPU. J’ai construit un certain nombre de refroidisseurs pour des amateurs finlandais. Voici quelques unes de mes “créations”
J’ai donc tout naturellement commencé à participer à des compétitions d’overclocking où j’ai obtenu un fonctionnement stable à 1300 MHz d’un processeur à 600 MHz.
NotDjey : Les plus vieux ici reconnaitront le mythique combo AMD Duron 600 et Abit KT7A-RAID
Tero : Coïncidence amusante, Asetek proposait aussi des refroidisseurs de réfrigérateur à cette époque pour le monde de l’overclocking. J’étais donc leur concurrent sur ce marché, 20 ans avant que nous ne nous rencontrions à nouveau sur le marché du simracing. Et puis, dans ma vingtaine, ma curiosité s’est portée sur le monde de l’électronique embarquée. J’ai appris à programmer des composants électroniques et à programmer des microcontrôleurs. Dans le cadre de mon hobby professionnel, je voulais une machine-outil à commande numérique. Au lieu d’en acheter une, j’ai appris comment elles fonctionnaient. Puis j’ai construit non pas une, mais trois machines CNC…
Dans le cadre du projet de machine CNC, je n’étais pas satisfait des servomoteurs disponibles en raison de leur qualité par rapport au prix et à la disponibilité. J’ai donc appris comment fonctionnaient les entraînements de pointe et j’ai commencé à concevoir les miens. Au fur et à mesure que ma commande bricolée fonctionnait, j’ai posté quelques vidéos sur le forum CNCzone. Cela a immédiatement suscité l’intérêt d’autres amateurs.
À l’époque, j’étudiais à l’université de technologie de Tampere. Avec l’un de mes camarades d’université, j’ai décidé de créer une entreprise pour commercialiser ce nouveau type de servocommandes. C’est ainsi que Granite Devices a vu le jour.
Fait amusant : les circuits imprimés de Tero ont été utilisés par des amateurs de simulation, ce qui a suscité l’intérêt pour ce créneau. Tero ne s’intéressait pas à la simulation, il voulait simplement construire des machines à commande numérique.
NotDjey : Granite Devices est l’entreprise qui a donné naissance et qui détient Simucube aujourd’hui. Simucube était à l’origine un produit de Granite Devices.
Tero : Comme mes propres expériences étaient motivées par la passion, j’ai voulu que Granite Devices soit aussi conviviale que possible pour les hobbyistes. Par exemple, Granite a servi tous ses clients de la même manière, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers. Je pense que cette attitude, en plus des performances et du prix, a suscité l’intérêt de la communauté des simulateurs de course à entraînement direct pour les variateurs de Granite. Une roue DD appelée OpenSimWheel a été construite sur la base de nos servocommandes.
Naturellement, nous avons également prêté main forte aux constructeurs de l’OSW. Rapidement, nous avons décidé de les soutenir également dans notre ligne de produits officielle.
- Le produit IONI a été inspiré par les besoins des constructeurs de DD.
Peu de temps après, le Simucube a été mis sur le marché.
Alors que IONI et Simucube gagnaient en popularité, nous avons décidé d’aller plus loin et d’intégrer le tout dans le moteur. Simucube 2 était né.
La passion initiale pour les performances de pointe, la qualité professionnelle et le service à la clientèle étaient les philosophies principales, même s’il s’agissait d’un produit de consommation.
Les produits Simucube ayant connu un énorme succès, Granite Devices s’est développé davantage sur le marché de la simulation de course.
En combinant notre expertise en matière d’automatisation, d’instruments de précision et de robotique, nous avons inventé ActivePedal, la première pédale de simulation de course entièrement électrique. Une fois de plus, la passion pour la performance, la qualité et le service à la clientèle ont été nos principes directeurs tout au long du processus.
Fait amusant : bien qu’il soit le fondateur, Tero n’est pas le PDG. Il a confié ce rôle à son ami Hannu, qui lui avait initialement conseillé de ne pas se lancer sur le marché de la simulation.
NotDjey : Quand on découvre tout ça, on en vient à se poser une question : Comment passe-t-on du monde de l’overclocking PC au SimRacing ? Existe t-il un lien d’après toi ?
Tero : Je pense qu’il y a des points communs entre les deux milieux :
- les deux sont des « sports technologiques »
- les deux sont avides de performances.
- les deux sont prêts à faire tous les efforts supplémentaires pour gagner en performances.
NotDjey : alors que le simracing est depuis des années une petite niche, comment tu vois l’arrivée d’acteurs issuent du monde du PC comme Thermaltake, Corsair, Cooler Master…? Que penses-tu de tout cet engouement ? Beaucoup d’entre elles semblent arriver avec des produits trouvés sur des étagères en Chine et se contentent juste d’y apposer leur logo…
Tero : Je vois cela comme un signal positif. Le fait que de nombreuses entreprises suivent l’exemple de Simucube confirme que nous sommes sur la bonne voie. Cela nous motive à aller de l’avant et à créer d’autres innovations que personne n’attend dans le domaine de la simulation de course.
NotDjey : Depuis quelques temps, plusieurs membres de la communauté Overclocking.com commencent à se passionner pour le Simracing. Personnellement, j’ai l’impression que nous assistons à la même effervescence : les mêmes « extrémistes », la même envie de s’équiper au mieux et surtout la même envie de tout personnaliser. Quelle est ton opinion sur le marché du simracing ?
Tero : Je partage ton point de vue sur la tendance actuelle. Comme je l’ai dit, les deux scènes ont des points communs et je ne suis pas étonné de voir des connexions et des passerelles.
NotDjey : Merci Tero pour ton temps et toutes ces explications passionnantes. Il ne fait aucun doute que nous allons reparler de Simucube souvent sur Overclocking.com. On partage pour finir un dernier projet fou…
















Peu de temps après, le
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