En 2022, une nouvelle défrayait la chronique : le retrait d’EVGA du business des GPU. En effet, la nouvelle tombait brutalement, laissant de nombreux fans abasourdis. Cependant, la relation se dégradait depuis un petit moment avec NVIDIA puisque le caméléon devenait de plus en plus entreprenant. L’un des product managers de l’entreprise, Brendon Ray Hedrick, témoigne sur l’évolution des relations entre les deux sociétés.
EVGA et NVIDIA : une relation qui devenait de plus en plus tendue !
Lancement de Pascal, hausse des inquiétudes :
Avec Pascal, on sent l’inquiétude de Hedrick monter d’un cran puisque c’est avec cette génération que NVIDIA a commencé à vendre des cartes graphiques en nom propre… Vous savez, les fameuses Founders Edition. Alors certes, elles arrivaient avec un prix de vente plus élevé que le prix annoncé, mais cela faisait un concurrent de plus dans l’arène et quel concurrent ! Effectivement, la société vient concurrencer des entreprises qu’elle fournit elle-même en GPU. De plus, jusqu’à présent, EVGA vendait également des cartes de référence de NVIDIA, bref, une situation qui perdure aujourd’hui, bien que les Founders Edition ne représentent actuellement pas une menace dans la mesure où elles ne sont pas disponibles à la vente, du moins, pour l’instant.
Le contrôle des leaks :
Par la suite, la société a resserré la vis autour des leak allant même jusqu’à mettre des watermarks différents selon les destinataires. De cette manière, l’origine de la fuite était clairement identifiée :
« Jacob Freeman est venu avec comme idée d’envoyer à chaque revendeur en ligne un lot d’images produit avec des points de couleur différents dans un coin. Si une image fuit et que NVIDIA revient vers nous, nous pourrons identifier quel revendeur a reçu le lot d’images ».
Forcé de perdre de l’argent :
Ensuite, il revient sur ces histoires de cartes MSRP, des cartes tellement peu rentables qu’EVGA pouvait perdre de l’argent avec ces modèles, tant leur rentabilité était faible. Dites-vous bien que l’entreprise était obligée de proposer ces modèles sans quoi le caméléon se réservait le droit de réduire les allocations en GPU à la société :
« Tel que j’ai compris l’accord, nous étions obligés d’offrir un modèle au prix conseillé. Si nous ne le faisions pas, NVIDIA pouvait réduire nos allocations de GPU et il aurait été difficile de dire si une telle baisse était le résultat de notre politique tarifaire. Nous avions besoin de créer un produit d’appel, une carte que nous vendions à perte pour garder NVIDIA heureux et protéger notre approvisionnement en puces »
Évidemment, les cartes rentables, celles où EVGA ne perdait pas d’argent étaient plus élaborées, avaient un dissipateur et un PCB plus travaillé, bref, elles offraient une qualité perçue clairement visible… Tout comme le prix, qui était aussi supérieur et qui paraissait prohibitif pour les acheteurs de l’époque. Des cartes presque abordables au regard des prix actuels.
GPU Boost qui réduit l’intérêt des cartes haut de gamme :
Enfin, autre élément qui fait grincer des dents, l’apparition des algorithmes de gestion automatique de la fréquence, le fameux GPU Boost. En effet, la fréquence de la carte s’ajuste en fonction des limites de consommation et de température et donc, proposer un gros dissipateur ou une grosse circuiterie n’a plus beaucoup de sens sur des cartes de tous les jours :
« Au travers des générations successives, j’ai regardé NVIDIA raffiner ses cartes de référence et la manière dont le GPU gérait ses fréquences de fonctionnement. Des technologies comme le GPU Boost ajustaient automatiquement les fréquences dans des limites de températures et de consommation. De mon point de vue, dépenser davantage pour une circuiterie et un dissipateur custom ne permettait plus d’obtenir les gains de performances que l’overclocking apportait autrefois ».
Un business de plus en plus compliqué jusqu’à l’explosion :
Finalement, Brendon Ray Hedrick quittera l’entreprise en décembre 2019 et avait prédit qu’un clash aurait lieu entre NVIDIA et EVGA dans les quatre à cinq ans à venir et il ne pouvait pas avoir davantage raison. Le 17 septembre 2022 nous publions un article qui annonçait le retrait d’EVGA du business des cartes graphiques. Finalement, via ce témoignage, les raisons de ce clash restent les mêmes : prise de contrôle par NVIDIA et pression. L’activité n’était plus suffisamment rentable, JayzTwoCents et GamersNexus indiquaient que l’entreprise perdait de l’argent sur chaque carte haut de gamme vendue tandis que le milieu de gamme affichait encore un peu de rentabilité. Finalement, c’est l’activité liée aux alimentations qui générait le plus de bénéfices. D’ailleurs, si l’on se rend actuellement sur le site de la marque, il ne reste que les alimentations répertoriées dans la partie produits. Enfin, si les cartes graphiques n’étaient pas l’activité la plus rentable, c’était celle qui faisait l’identité de la société.

