[nextpage title= »Origines et premiers pas »]
Il a construit un des ordinateurs les plus intéressants de ces derniers mois. Et il l’a entièrement conçu et assemblé de ses mains, depuis le châssis jusqu’aux tubes en inox du watercooling. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec EZY, un modder français talentueux et engagé pour la communauté.
Entre soudure au TIG, colorisation d’archives et projets futurs, rencontre avec un OVNI dont le premier projet a déjà marqué les esprits.
Origines et premiers pas
OCC : On commence par le commencement : quel a été ton premier contact avec le hardware ?
EZY : J’ai découvert le hardware il y a environ dix ans. J’ai racheté la configuration d’un collègue, équipée d’une GTX 980 Ti HOF. Au fil des années, j’ai essayé de l’entretenir et de l’améliorer, sans jamais vraiment décider de la remplacer, parce qu’elle me suffisait à l’époque.
OCC : Quand tu parles de l’améliorer, tu as fait évoluer les composants ou d’autres modifications ?
EZY : Principalement de l’overclocking CPU et GPU. Rien de particulièrement innovant : je suivais des tutoriels, j’expérimentais toujours dans l’objectif de grappiller quelques FPS. Et je démontais souvent les composants pour les nettoyer.
OCC : Tu as donc conservé cette configuration quasiment dix ans ?
EZY : Oui. Jusqu’à récemment, elle tournait encore très bien. Elle est devenue un peu lente par rapport aux jeux récents, mais elle me convenait quand même.
OCC : Quels étaient tes usages principaux ? Jeux vidéo ?
EZY : Oui. J’ai toujours été un grand fan de jeux, j’ai grandi avec les consoles à la maison. Malgré tout, j’ai toujours gardé un peu de temps pour jouer.
OCC : Plutôt jeux solo ou compétitifs ?
EZY : Compétitif : Call of Duty, Counter-Strike, Assetto Corsa, Overwatch. Ça fait environ quinze ans que je joue avec les mêmes personnes, et on a parcouru pas mal de jeux en ligne ensemble.
On comprend que le projet Stealth ICE est en réalité le tout premier build de EZY. Difficile à croire pour qui connaît le résultat final. Nous voulons en savoir plus et comprendre l’origine de ce nom.
[nextpage title= »Naissance du projet Stealth ICE »]
Naissance du projet Stealth ICE
OCC : Si je comprends bien, on passe directement de cette configuration à base de 980 Ti HOF au projet Stealth ICE ?
EZY : Exactement. « Tout ou rien ». Mais le déroulement a été plus compliqué. Après la casse de la 980 Ti, j’ai hésité à la remplacer et à continuer. Sauf que repartir sur une carte nouvelle génération tout en gardant des composants plus anciens, ce n’était pas forcément idéal.
OCC : Qu’est-ce qui déclenche alors le projet Stealth ICE ?
EZY : En ouvrant Instagram, je suis tombé sur le concours Gigabyte Stealth ICE, qui permettait à des influenceurs sélectionnés de gagner une configuration presque complète de la gamme. Le projet Stealth ICE est né à ce moment-là. J’ai commencé à dessiner un prototype, à réfléchir et à me documenter énormément sur les composants, dans l’espoir d’être sélectionné.
OCC : Tu avais déjà une audience conséquente sur les réseaux, non ? Mais pas suffisante ?
EZY : J’avais déjà pas mal d’abonnés, parce que je faisais de la colorisation d’images d’archives sur les réseaux. J’espérais que le projet — tout fabriqué à la main — sorte du lot. Mais j’ai eu l’impression que, côté marketing, l’objectif principal était d’attirer de gros streamers.
OCC : Sait-on quels étaient les critères de sélection ?
EZY : Je n’en ai aucune idée. J’ai essayé à plusieurs reprises de les contacter, et je n’ai jamais eu de réponse.
Face à cette déconvenue, il eut été aisé d’abandonner le projet. Mais Julien « EZY », décide d’en faire une opportunité, de se dépasser sans aucune limite créative. Avant d’entrer dans les détails du projet lui-même, nous avons souhaité discuter de sa passion atypique pour les archives.
Colorisation d’images d’archives
OCC : La colorisation d’images d’archives, ce n’est pas commun. C’était un hobby ? Tu peux nous en dire plus sur le procédé et la communauté qui s’y intéresse ?
EZY : Oui. J’ai toujours été passionné d’histoire, et je me suis intéressé à la colorisation grâce à une connaissance qui en faisait déjà. C’est très long, parce qu’il faut d’abord obtenir les droits d’utilisation auprès des musées ou des collectionneurs qui les détiennent. Une fois les droits obtenus, on travaille l’image brute : nettoyage, suppression d’artefacts, amélioration de la qualité, etc. Ensuite, on peut attaquer la colorisation avec de l’IA, qui simule des couleurs en fonction des intensités et des valeurs de l’image. Après la colorisation, on peut encore améliorer le rendu avec d’autres logiciels, comme DaVinci. Certains rendus prennent plusieurs jours.
OCC : Quelles IA utilises-tu pour ce processus ? Modèles spécialisés ? Local ?
EZY : Certains logiciels, comme HitPaw, permettent de le faire assez facilement. Et certains groupes travaillent sur leurs propres IA pour obtenir un rendu plus naturel.
OCC : Tu pratiques encore aujourd’hui ? Et tu as une époque de prédilection ?
EZY : Non, malheureusement, j’ai arrêté : une vidéo sur deux était pénalisée par l’algorithme des plateformes. Et j’ai toujours aimé les années 1920.
Julien a pensé et dessiné un châssis sur mesure, choisi les matériaux. Impossible d’arrêter là. La passion créative le pousse à poursuivre malgré ce premier écueil et les doutes que rencontrent inévitablement les créateurs. Au final, le soutien de la communauté et de quelques marques relancent le projet. En effet, Stealth Ice reçoit vite un accueil enthousiaste et quasi unanime sur les plateformes.
[nextpage title= »Indépendance et communauté « ]
Indépendance et communauté
OCC : Quand tu constates que Gigabyte ne donne pas suite, que se passe-t-il ?
EZY : Je continue le projet. J’étais déjà très impliqué, et un certain Nico CPK commence à s’y intéresser. Je me suis dit que j’allais aller jusqu’au bout, contacter d’autres marques et finir cet OVNI. Sur le moment, c’est un coup dur : quand tu viens ouvrir l’atelier le week-end à 5 h du matin, seul face au projet, tu te demandes parfois « à quoi bon ». Mais dans ces moments-là, le mieux est de faire les choses pour soi.
OCC : Quel a été le point de départ déterminant ? Le châssis lui-même ?
EZY : Oui. Le châssis, c’est la base de tout, le cœur du projet. Et c’est lui qui a permis au projet de prendre un second départ.
OCC : Comment se passe ce nouveau départ : bascule franche ou évolution progressive ?
EZY : C’est assez franc. À partir de là, je ne dépends d’aucune deadline. Je fais les choses comme je l’entends, et qui m’aime me suive.
OCC : Il y a donc un basculement vers la communauté : tu obtiens rapidement des retours encourageants ?
EZY : Exactement. La communauté a commencé à comprendre où je voulais aller. Des gens parfois très techniques se sont intéressés au projet, puis des marques aussi. Ça m’a clairement donné le sentiment que ça pouvait plaire à d’autres.
OCC : C’est quelque chose d’important pour toi ?
EZY : Pour ce projet, oui. Partager des choses — surtout quand ça touche au savoir-faire — et ensuite être encouragé là-dessus, ça galvanise. Les réseaux sont parfois durs, mais j’ai été plutôt épargné par les blasés et les trolls.
Soutiens, configuration et contraintes industrielles
OCC : Peux-tu nous parler plus en détail des marques impliquées ? Ce qu’elles ont apporté au projet, et à quels moments ? Ce sera aussi l’occasion d’évoquer la configuration.
EZY : Les premiers à s’être associés à l’aventure, c’est Seasonic, qui m’a envoyé une Vertex 1000 W. Ensuite, Thermal Grizzly m’a fourni de la pâte thermique, un contact frame, ainsi que trois WireView Pro ! EZDIY-FAB m’a fourni un shield GPU : ça m’a permis de positionner la carte graphique exactement comme je le voulais dans le build, ainsi qu’un adaptateur 90° pour le 24-pin. Puis Alphacool, qui m’a vraiment permis d’aller au bout du concept : ils m’ont envoyé une Distroplate 240, trois ventilateurs Apex, un waterblock CPU Core 1, un filtre et un radiateur NexXxoS 360 mm. Enfin, Ergohide m’a envoyé un bureau assis-debout pour la présentation du projet.
OCC : Un soutien à la hauteur de l’ambition du projet. Ton atelier est associé à ton travail et à ton approche du custom, n’est-ce pas ?
EZY : Oui, clairement : sans les marques, le projet ne serait pas ce qu’il est. Aujourd’hui, je suis responsable de production dans le domaine de la tuyauterie industrielle. J’ai passé presque dix ans comme soudeur et tuyauteur industriel, et c’est de là que vient l’ADN industriel du projet. Je voulais intégrer des accessoires que j’utilise au quotidien, notamment en inox : une matière noble, mais complexe.
L’inox au cœur du processus
OCC : Peut-on dire que le choix de ce matériau a dicté le processus créatif ?
EZY : Complètement. J’ai choisi l’inox en connaissant certaines contraintes techniques, et d’autres que j’ignorais encore. Certains accessoires avaient déjà leur place dans la boucle avant même que je commence.
OCC : Il y a donc eu des découvertes et des apprentissages pendant le projet ?
EZY : Énormément. Je suis parti de loin, et certains procédés m’étaient totalement étrangers. Mais j’ai pu compter sur quelques personnes qui m’ont beaucoup aidé. Le plus délicat, ça a été la boucle : les raccords industriels sont faits pour tenir 30 à 40 bar, donc ils exigent un couple de serrage plus important que sur un loop classique. J’ai vraiment serré les dents au moment de raccorder sur la distroplate et sur le Core 1.
OCC : Tu es satisfait du fonctionnement ?
EZY : Oui, très heureux : tout fonctionne parfaitement. Mais je ressens aussi une forme de mélancolie : j’aime autant le processus que le résultat.
OCC : Avant de parler de la suite, que retiens-tu de ce projet Stealth ICE ?
EZY : Je retiens qu’il faut aller au bout de ses idées. Et que la communauté hardware est extraordinaire : des gens bien plus qualifiés que moi m’ont pris sous leur aile, sans hésiter.
[nextpage title= »Suite, ambitions et transmission »]
Suite, ambitions et transmission
OCC : Stealth ICE : comment vas-tu l’utiliser ? Peut-on s’attendre, par exemple, à te voir en stream avec cette machine ?
EZY : Le stream, c’est assez peu probable pour le moment, par manque de temps. Je me laisse d’abord le temps de la découvrir, et peut-être de l’upgrader côté composants. Ce qui est sûr, c’est qu’elle risque de m’accompagner pendant les prochaines années.
OCC : L’appel d’un nouveau projet est quand même là : tu penses refaire un PC ? Quelque chose de différent ? On reste sur un thème industriel et inox ?
EZY : C’est une certitude. J’ai plein d’idées, avec des matériaux complètement différents : peut-être du titane, de l’Inconel, ou peut-être rester sur de l’inox. Mais ce qui est sûr, c’est que l’industriel restera au centre de tout ce que j’entreprendrai.
Pour le moment, je risque d’être pas mal pris par le travail. Mais les plans sont déjà dans ma tête. Je pense à un châssis en titane, de gros raccords quick-connect, et une pompe intégrée au châssis. Le châssis ferait partie intégrante de la boucle.
Une machine évolutive ?
OCC : Tu pourrais ajouter le GPU à la boucle du projet Stealth ultérieurement ? Ce n’est pas trop complexe ?
EZY : C’est une possibilité, mais je pense que ce build ne verra pas d’amélioration majeure côté loop : il y a très peu de place pour d’autres tubes. J’aimerais surtout le faire sur une prochaine configuration.
OCC : Avec le recul, ferais-tu certaines choses différemment ?
EZY : J’ai fait avec mes moyens, financiers et en termes de temps. J’aurais aimé pouvoir filmer et photographier dans de meilleures conditions, et consacrer plus de temps à la partie vidéo et photo du projet. Mais ça viendra par la suite.
OCC : Tu envisages de proposer des tutoriels ? Tes compétences pourraient apporter beaucoup au milieu.
EZY : Pourquoi pas. Je ne considère pas mes connaissances comme suffisantes pour donner des conseils sur le montage PC. En revanche, sur la partie soudure et hydraulique, je reste ouvert à aider ceux qui veulent s’y aventurer. La soudure TIG demande un investissement financier conséquent et des compétences techniques solides, surtout sur de petits diamètres.
OCC : Où peut-on échanger avec toi si on souhaite en savoir plus ?
EZY : Sur Instagram, où je suis très présent, sur TikTok, ou sur Discord. Je passe souvent sur celui d’OCC, même si je reste assez discret.
OCC : Merci beaucoup. Veux-tu ajouter quelque chose ?
EZY : Je souhaite remercier Nico ainsi qu’overclocking.com, qui m’ont mis en avant pendant toute la durée du projet.
Merci à Julien d’avoir pris le temps d’échanger avec nous pour partager les coulisses de ce superbe projet. Nous avons rencontré un créateur passionné, humble et talentueux. Il nous tarde de découvrir sa prochaine aventure, car il est assurément une figure montante du modding en France.
