Coronavirus : la production de cartes-mères et GPU sévèrement impactée

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La production des cartes-mères, GPU et autres composants est sous tension

Nous ne reviendrons pas sur la dimension sanitaire et les conséquences du coronavirus : chacun peut désormais s’en rendre compte dans le quotidien des quatre murs de son domicile. Concernant notre industrie, les conséquences du confinement sévères appliquées il y a quelques semaines en Chine se font sentir sur le marché des composants, pas seulement au niveau de la production.

Alors qu’ici en Europe et particulièrement en France, la demande en PC, portables et accessoires a explosé quelques heures après les annonces des restrictions de circulation, les usines elles, ont tout simplement du encaisser une baisse de plus de 50% de leur production. Pour expliquer cette baisse historique, il y a plusieurs choses à prendre en compte.

Des usines quasiment fermées pendant 1 mois en Chine

Depuis le début de la crise, les consignes strictes de confinement ont quasiment obligé les usines chinoises à fermer leurs portes. Certaines, suivant les zones géographiques, ont tenté de maintenir un semblant d’activité mais avec « au mieux », une réduction de personnel de l’ordre de 75%.

On doit aussi combiner à cette situation la chute violente de la demande intérieure chinoise en composants : là aussi un effet de la restriction sévère imposée par les autorités en début d’année.

production cartes-mères confinement

Une industrie dépendante de ses sous-traitants

Si l’industrie de conception de circuits intégrés est fortement intégrée et dispose aussi de process automatisés, on ne peut pas en dire autant de nos fabricants de cartes-mères, de GPU etc etc.

Pour simplifier, cet écosystème est fortement éclaté et se rapproche d’une activité d’assembleur. Dans ces conditions, le moindre grain de sable met en difficulté toute la chaîne de production. Il y a quelques jours, un de mes contacts me faisait part de ses inquiétudes sur le lancement de la prochaine génération de processeurs… Non pas à cause des soucis de production d’Intel mais en raison des retards de production des cartes-mères.

Même histoire sur les cartes graphiques où là encore, une autre anecdote permet de comprendre la situation : une grosse marque est aujourd’hui pénalisée pour sortir des nouveaux modèles non pas par manque de GPU ou de mémoire mais par la rupture de livraison du vernis de tropicalisation…

Les marques ayant des plateformes de production à Taïwan ne sont plus en capacité de produire et sont sous la dépendance d’un ou plusieurs composants en provenance de Chine.

Des lancements logiquement repoussés

Alors qu’aujourd’hui la situation en Chine revient à la normale d’un point de vue de la production, c’est maintenant la chaîne logistique qui est sous pression à ses deux extrémités.

Au départ, il y a maintenant clairement un goulet d’étranglement compte tenu de la remise en route des usines. À l’arrivée, le confinement de l’Europe (mais aussi des autres) engendre une forte contraction des capacités à gérer l’accueil des containers.

On rajoute à cela la fermeture des commerces traditionnels en France et un confinement encore plus restrictif (comme en Espagne). Bref, pour résumer la situation, il est en train de se créer un véritable embouteillage avec un afflux de marchandises au départ et des capacités d’absorptions qui se réduisent, d’un point de vue logistique comme d’un point de vue commercial (temporairement ?).

la fnac vide confinement

Au regard de cette situation, une baisse globale des volumes avait déjà été anticipée par les principaux fabricants pour le premier trimestre. Ce « re-forecast » prenait cependant uniquement en compte les soucis de la chaîne de production.

Dans ces conditions, un lancement d’un nouveau produit devient ultra risqué. Inaudible au niveau du message marketing, le produit serait en plus difficilement disponible. Les lancements de nouvelles consoles, nouveaux GPU etc sont à minima repoussés pour la seconde partie de l’année.

Quid des prix aujourd’hui et demain ?

La situation en ce moment

La hausse des prix constatée ces derniers jours est une conjonction de deux facteurs :

  • Un approvisionnement plus tendu notamment en ce qui concerne les écrans (la province chinoise la plus touchée par le virus concentre une bonne partie des acteurs du secteur), les cartes-mères et les mémoires.
  • Une certaine spéculation sur les stocks actuels en anticipation d’éventuelles ruptures (la baisse du dollars ces derniers jours n’a pas permis d’amortir ce phénomène).

Les prix après la crise ?

Il est difficile de faire des prévisions alors que beaucoup de paramètres peuvent encore bouger. Nous pouvons cependant nous appuyer sur des éléments rationnels :

  • Le niveau des stocks en Europe est bas.
  • Le dollars est orienté à la baisse depuis quelques jours (à surveiller).
  • Le niveau de la demande globale est en forte baisse de manière conjoncturelle ce qui doit logiquement faire baisser les prix.
  • La fin du confinement au niveau européen engendrera un pic brutal de la demande, sans doute dans le prolongement du marché chinois.

Que faire de tous ces éléments ? Nous pouvons tenter une projection en se disant que les prix vont être orientés à la hausse entre maintenant et quelques mois après le retour à la normale. La fin de l’année pourrait être propice à un mouvement important de baisse des prix afin de « sauver les meubles » concernant les volumes de ventes.

Tout cela peut évidemment être bouleversé du jour au lendemain par l’évolution de la crise sanitaire. Voilà pourquoi, de Nvidia à Microsoft, les reports sont nombreux et peut-être même au-delà de l’année 2020.

 

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Jack
Jack
18 mars 2020 17 h 37 min

Si je puis me permettre, il ne faut pas s’attendre à un assouplissement des règles restrictives sur la circulation des personnes en Europe avant le 2ème semestre 2020 (et ceci est optimiste), si ce n’est pas avant le 4ème trimestre dans le pire des cas.

Les frontières européennes étant en train d’être fermée complètement.

Sauf pour les ressortissant européens devant rentrer chez eux, ceux dans le domaine médical, les chercheurs, les travailleurs et quelques privilégiés.

le $ chute mais l’euro aussi, ce qui baisse le plus au final c’est le prix du pétrole