La pénurie de mémoire vive DDR5 continue de perturber le marché des composants PC, mais une nouvelle étude révèle que la cause principale n’est plus seulement la demande des consommateurs, mais une pression numérique massive exercée par des robots scalpeurs. Jérôme Segura, vice-président de la recherche sur les menaces chez DataDome, a publié cette semaine des chiffres alarmants concernant l’activité sur les pages de produits de mémoire d’un détaillant majeur.
Les données indiquent que des bots, c’est-à-dire les scripts automatisés conçus pour exploiter les stocks, représentent désormais 91 % du trafic qui visite les pages produits consacrées à la RAM. Cela signifie qu’il y a environ dix requêtes automatiques pour chaque visite humaine réelle. Ce ratio a considérablement augmenté depuis mars, où il se situait encore à 6 pour 1, selon le chercheur.
Une pression de surveillance extrême sur les stocks
La nature de cette activité automatisée est particulièrement agressive. Dans un échantillon d’une heure analysé par DataDome, 91 listings de DDR5 ont été interrogés environ 551 fois chacun. Cela équivaut à une requête toutes les 6,5 secondes. Ces bots utilisent des paramètres pour contourner les données de stock en cache et visent non seulement les marques grand public, mais aussi les fabricants de modules industriels comme Micron et Apacer, ainsi que les fournisseurs de connecteurs Amphenol et TE Connectivity.
Il est important de noter que ces requêtes ne constituent pas nécessairement des tentatives d’achat direct. Elles servent principalement à surveiller la disponibilité des produits en temps réel. Jérôme Segura a souligné que les détaillants devraient supposer que leurs analyses de trafic sous-estiment considérablement l’ampleur du problème, car ces requêtes automatisées ne sont pas comptabilisées comme des visiteurs humains dans les statistiques traditionnelles.
Explosion des prix et stratégies de contournement
L’impact de cette situation sur les prix est tangible. Un kit de 32 Go de DDR5-6000 qui coûtait en moyenne 72 $ il y a un an se négocie désormais autour de 392 $ sur PCPartPicker. Les kits de 128 Go ont également vu leurs prix atteindre des sommets, certains kits Thales 2026 s’affichant à 3 399 $, soit dix fois leur plus bas prix jamais enregistré.
Il semble donc évident que ces bots œuvrent pour des personnes pratiquant l’achat-revente à grande échelle. Certains détaillants ont mis en place des stratégies pour limiter l’impact. Newegg et Amazon ont par exemple proposé des bundles CPU et mémoire, ce qui force le revendeur à faire l’acquisition d’un processeur en plus de la RAM. Micro Center vend ses kits de 32 Go uniquement en magasin avec une limite d’un par ménage. Cependant, ces mesures ne suffisent pas à stopper la pression numérique continue exercée par les bots qui scrutent les pages de produits.
La situation s’inscrit dans un contexte de tension sur l’offre de DRAM. Apacer a indiqué que l’approvisionnement des fabricants de modules indépendants pourrait chuter à 30 % des niveaux de 2026 l’an prochain. Parallèlement, les géants du cloud ont placé des acomptes sur la majeure partie de la production prévue pour 2027, réduisant encore la disponibilité pour le marché grand public.
